La bienveillance, pré-requis de la pratique sophrologique

La bienveillance se définit généralement comme la disposition favorable envers quelqu’un, le fait de souhaiter le bonheur à l’autre, et en ce sens, elle est inextricablement liée à la notion de compassion, elle-même définie par la capacité d’éprouver et de partager la souffrance d’autrui.

C’est une qualité d’être bien particulière, une valeur qui peut nous être donné de faire vibrer et de vivre consciemment dans l’intimité de nos cellules. La Vivance incarne, permet de faire chair. D’où la pratique, l’entraînement, pour relier la pensée et le sentiment au corps, à la lumière d’un regard nouveau parce qu’un peu plus conscient.

La bienveillance est une valeur ontologique: elle est constitutive de l’être en tant qu’être. Elle demande à être découverte, reconnue et cultivée.

À bien y regarder, je ne peux pas l’obtenir, car elle n’est pas un objet à acquérir ou à accumuler, mais une qualité naturelle de l’être, pour de pas dire de l’âme. Mais la reconnaître demande de lui laisser la place en suspendant, par l’acte d’épochè, les a priori et les préjugés habituels qui empêchent de la laisser rayonner et embrasser le bonheur et la souffrance des autres, bonheur et souffrance entre lesquels je dois apprendre à me tenir en observant l’automatisme de l’oscillation.

La bienveillance est souvent qualifiée d’attentive, de touchante, de souriante, autant d’attributs liés à l’écoute, à l’accueil, à la capacité de me rendre intérieurement disponible. Bienveillant avec soi-même et les autres : bien veiller, laisser de la place à l’autre tout autant qu’à soi-même en accueillant l’apparaître du monde sans chercher à lui surimposer ses points de vue et ses propres constructions mentales.

La bienveillance est un acte d’attention, une attitude d’ouverture simultanée sur soi-même et sur le monde. Être bienveillant ce n’est pas vouloir changer le monde selon ses conditionnements mais c’est lui laisser la place d’être, en entrant en relation avec lui d’une manière différente, avec un nouveau regard libre de jugements et de commentaires associatifs.

Le lien, la saveur, c’est l’amour : non pas en tant qu’émotion ordinaire, qui change au gré des vents, mais en tant que capacité d’accueil illimité et d’espace de conscience libre de toute association. Ainsi le regard de l’autre n’est plus, comme l’affirmait Jean-Paul Sartre, « une liberté étrangère qui me possède » et « qui me dépouille de la mienne », mais une occasion intime de me reconnaître et de me rapprocher de l’autre, en partageant l’essence même de notre liberté commune.

Cela ne demande aucun savoir, aucune formation particulière, si ce n’est de goûter à la plénitude naturelle de son être profond, en oubliant ou suspendant, l’espace-temps d’une rencontre, tout ce que je croyais justement savoir et tout ce que je pensais fièrement avoir appris.

Alors, au-delà de ce que je pense ordinairement des choses et des autres , se révèle une nouvelle alliance dans laquelle un échange sincère et signifiant peut apparaitre. Je ne me sens plus alors séparé de l’autre, il n’y a plus ni sujet ni objet mais un courant d’attention joyeux dans lequel baignent avec un nouvel éclat tous les phénomènes, que je peux alors accueillir et accepter sans cette peur caractéristique de perdre, ou ce désir parfois si pervers de gagner.

Auteur : Pierre Bonnasse

2018-01-25T18:41:35+00:006 mai 2015|