Le Cycle Supérieur de l'ESSA

Mémoire phénoménologique du Cycle Supérieur rédigé par Raphaëlle Boulanger et remis à l'ESSA

Promotion ESSA 2020-2021
Le Cycle Supérieur de l'ESSA

Introduction

Pourquoi cette problématique ? Que me permet t-elle de dévoiler ? Pour le contexte, j’exerce la profession d’enseignante de biologie et écologie en lycée agricole depuis près de 20 ans. J’ai évolué dans la pratique de mon métier en lien avec les exigences des contenus des programmes du public, façonnés à la lueur des nouvelles attentes sociétales, et le public (de nouvelles compétences, attentes, motivations dans le temps).

Les adolescents sont le public avec lequel je suis en interaction et qui m’amène à porter un autre regard sur ma place dans le système éducatif. Ma posture professionnelle de sophrologue me permet d’exercer à loisir un regard sophrologique sur les événements. La classe est un merveilleux espace d’expérimentation. La conscience phénoménologique que j’entraîne m’amène à percevoir son processus dynamique, unique et universelle.

L’historique de mon parcours a toute sa légitimité ici, car il est déclencheur de ma motivation pour ce métier. Adolescente j’ai découvert la relaxation que j’ai pratiquée tous les mercredis soirs avec ma tante. Je n’ai plus à l’esprit les raisons de sa proposition mais pour moi, c’était l’occasion de couper avec mon quotidien routinier : bus, lycée, travaux scolaires, bus, repas et dodo.

Ainsi qu’une exigence parentale de réussite sur les résultats scolaires. J’ai été accueillie chaleureusement dans un petit groupe de « mamies » où je me suis sentie en sécurité et lovée. Dans ce groupe, j’ai découvert certaines valeurs qui me portent aujourd’hui et une place bien particulière; en tout cas unique et reconnue.

Ces séances m’ont permis d’appréhender autrement le stress que je me laissais porter. J’ai appris à me connecter à mon corps, à écouter ma respiration, à pratiquer la visualisation, simplement à être en contact avec moi même et par là, un sentiment d’existence. Je n’avais pas conscience à l’époque de toute la portée de ces moments partagés que je reconnais aujourd’hui comme très structurants.

Ces séances, la formation de sophrologue et le stage professionnel en lycée sont l’origine de ma conviction profonde que les outils proposés par la sophrologie, ont toute leur place dans les écoles et particulièrement dans les lycées pour accompagner les adolescents vers leur propre chemin. Ces outils m’ont accompagnée pour ne pas perdre pied, pour me sécuriser en moi et me mobiliser entièrement lors des différents concours écrits, oraux et entretiens professionnels ou pas. Ma proposition est de rendre la pratique de la sophrologie accessible, praticable au quotidien car je la perçois comme une opportunité de vivre pleinement de son existence.

Le sentiment d’existence est un sujet passionnant et très vaste que je choisis d’aborder au travers du schéma corporel chez les adolescent.es.

Dans un premier temps, je présente le public adolescent avec ses problématiques, puis le sentiment d’existence aux travers de différents témoignages pour finir par le schéma corporel support d’exploration et de vivance. Dans le contenu de ces différents temps je propose ma réflexion professionnelle phénoménologique.

Vous trouverez une bibliographie qui m’a inspiré pour la rédaction ce présent mémoire.

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1 • L’adolescent, qui est cet être ?

L’adolescent.e est un petit de l’être humain

L’adolescent est le petit de l’homme qui s’inscrit dans le temps et dans la continuité de l’espèce humaine. L’Homme est entendu ici comme Dasein (être là – être existant). Il appartient au monde des  étants (la chose qui est ceci ou cela) mais il possède le privilège de pouvoir poser la question de l’être (celle de son sens) et d’accéder à l’authenticité véritable. Pour la sophrologie Caycedienne, l’être humain est le corps, l’esprit et la conscience. L’ensemble de ces structures forme une unité existentielle indissoluble, au moins tant que l’être humain est en vie.

Au sens étymologique, l’adolescence signifie « grandir vers ». L’adolescence connaît plusieurs définitions car il est un phénomène récent. Elle est au carrefour de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et culturels. Il s’agit donc d’un concept relatif qui dépend de la société dans laquelle il permet de « se mettre en actes » et il est un passage du monde de l’enfance à celui de l’adulte (Françoise Dolto, Psychanalyste, 1988 : « l’adolescence est cette période de passage d’une rive à l’autre »).

D’après René Zazzo, psychologue, 1970 « l’adolescence est le passage du statut social de l’enfant au statut social d’adulte ». C’est à dire qu’elle variera en durée, en qualité, en signification, d’une civilisation à l’autre et pour une même société, d’une classe social l’autre ». En 1974, ce même auteur précise que si l’adolescence peut être défini par la puberté, son terme est d’ordre social et, de ce fait, ne correspond à aucun âge fixe.

En 2003, le psychanalyste Tony Anatrella a créé un néologisme pour désigner ces ados pas encore des adultes qui vivent sous le toit familial, poursuivant leur études ou sont à la recherche d’un emploi : les « adultescents », mais aujourd’hui on préfère parler de jeunes adultes.

La sophrologie considère le phénomène de l’adolescence universel et inscrit dans deux théories : La phylogénèse phronique (La phylogénèse est le mode de formation des espèces et leur développement au cours de l’évolution. La sophrologie propose l’expérimentation de l’évolution de la vie contenu au coeur de nos cellules, la dimension biologique et l’élargissement du schéma corporel comme réalité vécu) et l’onthogénèse (Elle est le développement de l’individu depuis la fécondation de l’oeuf jusqu’à l’âge adulte. La sophrologie propose l’expérimentation de la mémoire de nos propres cellules).

L’adolescent.e un être en métamorphose

L’adolescent.e est traversé par un processus naturel, une étape majeure de son développement. Ce processus induit de nombreuses transformations qui produisent des métamorphoses physiques, cognitives, identitaires et sociales.

Transformation du corps

Le corps des adolescent.es se transforme à l’intérieur et à l’extérieur sous l’action des hormones. La puberté provoque des modifications morphologiques importantes. La croissance parfois très rapide du système musculo-squelettique induit un déplacement du centre de gravité qui explique les maladresses des adolescent.es. Les organes génitaux deviennent mâtures, les caractères sexuels apparaissent accompagnés de bouleversements émotionnels et stimulations sexuelles. Les glandes sudoripares sont stimulées et la sécrétion de sueur est vécu comme une source de stress.

Ces transformations différentes, selon les sexes, provoquent systématiquement une modification de l’image de soi (représentation que l’individu a de lui et peut mettre en mots). L’expression de la représentation qu’il a de lui même renvoie à un « ce que je suis » en perpétuels changements. Sa construction étant tributaire de l’estime de soi et de son identité, l’adolescent peut avoir des difficultés à reconnaître et vivre son corps.

La puberté donne accès à la génitalité qui peut avoir de nombreuses conséquences :

  • le corps peut devenir symbole de conflits et vecteurs de communication (percing, tatouage, tenues vestimentaires),
  • les conduites alimentaires peuvent être désordonnées (voir pathologique),
  • des passages à l’acte rapide, sans anticipation (automutilation, conduite à risque…).

Les adolescent.es que je côtoie focalisent sur leur transpiration et possèdent pratiquement toutes une bouteille de déodorant dans leur sac pour la masquer. Ce que les adolescent.es donnent à voir et l’odeur qu’ils / elles dégagent semble être d’une importante capitale. À les entendre, la transformation du corps se fait « trop vite » ou  »trop » lentement, ils (elles) se questionnent :

Pourquoi les règles ? Et c’est quoi tout ces poils ? C’est à cause de toi que j’ai des grosses fesses ? Quelle génétique !!, et lui ceci, et elle cela…

Ils (Elles) s’interrogent et interrogent l’adulte qui de mon regard riche d’expériences et de littérature m’amène à penser que l’adolescent cherche à tester des liens dans le recherche d’une réassurance.

Tant de questionnements sur ce corps en transformation à accueillir car il/elle n’a pas vraiment le choix ! Il est traversé par un processus naturel. Chacun vit à sa façon cette transformation et à tous les  âges de la vie finalement. La sophrologie propose l’accueil de ses changements pour permettre une adaptation personnelle offrant la possibilité de vivre son existence en harmonie, par une homéostasie retrouvée.

Variation d’énergie, prise de risques et émotions

L’adolescent.e est souvent fatigué.e, ressent des douleurs chroniques liées à l’intense phase de croissance qui mobilisent ses ressources et consomme beaucoup d’énergie. De plus, la production de mélatonine permettant l’endormissement est plus tardif, ce qui augmente généralement une dette de sommeil ( liée au mode de vie quotidien guidé par l’horloge). Le sommeil est une phase très importante de récupération et régénération de l’organisme pour un développement et une croissance optimale harmonieuse.

Chez l’adolescent.e, la neurogénèse synaptique et la destruction des connections non utilisées sont très intenses. Ce foisonnement met à jour des connexions complètement hétéro-chroniques provoquant des réactions plus rapides que le pensée. Cela explique des prises de risque par les adolescents : « L’adolescent se retrouve avec une pédale d’accélération si sensible qu’elle se déclenche sans qu’il ait un mot à dire et une pédale de frein lourde et aux câbles pas toujours bien connectés au moteur » (Isabelle Filliozat). Du fait même de la structure du cerveau, les adolescent.es ont peu de contrôle sur leurs impulsions. En effet, le cerveau préfrontal « rationnel » des adolescent.es n’est pas consolidé par la myéline ainsi, les zones cérébrales responsables du raisonnement et de la régulation des émotions sont en construction.

Parler des émotions de l’adolescent avec lui, constitutives de ce qu’il vit, c’est envisager les rapports qu’il entretient avec son corps changeant et avec celui des autres. Accueillir l’adolescent.e, porter une « écoute active » du verbal et du non verbal, l’inviter à reformuler ses états émotionnels sont autant de postures qui lui permettent la reconnaissance propre des émotions qui le traversent. Par une guidance et un accompagnement, il trouve toute légitimité et peut les accueillir, les vivre (toujours dans les possibles de l’instant) pour limiter leur « cristallisation » dans le corps.

Construction de la pensée et de la personnalité

L’adolescent.e acquiert une nouvelle capacité de raisonnement, il mobilise ses capacités mentales qui sont régulièrement évaluées dans le système scolaire par exemple. En même temps qu’il apprend à se connaître, il/elle fait évoluer sa propre théorie explicative du monde, somme toute très subjective. Il/Elle appréhende le réel avec de nouveaux outils cognitifs ( intelligence formelle – cf Piaget), pense   de nouveaux concepts et pense à ses pensées. Il est capable de se forger une opinion sur « les choses de la vie » et de s’engager idéologiquement (il/elle fait valoir socialement sa compétence à « penser comme un adulte »).

Il prend parfois conscience de sa finitude en étant confronté à la maladie et à la mort de ses proches. Tous les ans dans mon établissement des adolescent.es perdent des membres de leur famille. La mort d’un parent raisonne avec mon histoire personnelle et je ressens aujourd’hui une profonde empathie pour le jeune dans ce qui le traverse. J’avais 11 ans lorsque ma mère est décédée brutalement.

Pour des raisons qui m’étaient propre, je ne voulais pas être différentes, ne pas attirer l’attention, être considérée autrement. Alors j’ai mis dans une petite boite ce que je considérais comme un événement de ma vie, pour ne pas être confrontée à ma douleur. C’est avec les circonstances de la vie, les expériences vécues et un regard phénoménologique que j’ai redonné une place dans mon histoire à cet événement. En apprenant à nommer, reconnaître et accueillir la douleur, je lui ai donnée une importance et je sais le vécu de la souffrance et du sentiment d’abandon.

Aujourd’hui et au travers de ce mémoire je revisite mon adolescence qui est mon histoire devenant expérience de la vie que j’incarne. Je constate là mon cheminement et je prends conscience là, ici, maintenant du sens de mon engagement pour ce public. Poser des mots pour accueillir les maux et les transformer c’est aussi ça l’accompagnement sophrologique au travers de l’alliance et de la phénodescription. Le regard renouvelé sur les événements que je me laisse traverser font naître en moi un sentiment d’existence.

Sans vouloir quoi que se soit pour ces jeunes, qui ont à traverser l’adolescence, je porte sur moi le regard d’un individu qui se reconnaît humainement au travers des autres avec authenticité.

L’adolescent.e s’interroge sur ses modes de fonctionnement et se questionne sur des sujets tels que l’amour, l’amitié, la justice, la religion ou l’éthique. Il construit sa personnalité en s’identifiant aux personnes inspirantes pour lui : amis, stars du cinéma, groupe de mode, de chanteurs et aujourd’hui les influenceurs grâce aux réseaux sociaux.

Il expérimente ses jeux de rôle très sérieusement dans chacun de ses environnements : scolaire, familial, amical. L’adolescent.e revêt de nombreux visages et postures qui lui permettent de comparer ce qui existe avec ce qu’il souhaite devenir. Il est à la recherche de ses valeurs. C’est cette exploration qui construit peu à peu son identité.

L’autonomie affective

A l’adolescence, la fonction du regard est essentielle, il repère les signes de séduction chez l’autre, dans le corps des paires, pour attirer le regard. Par la construction de sa pensée, de son expérience, l’adolescent comprend que ses choix et ses valeurs peuvent être différents de ceux de ses parents. La construction de cette individualisation fait souvent se confronter la revendication d’un droit à la différence avec le besoin pourtant présent d’être reconnu par son milieu familial et ses groupes de paires. Ce qui peut apparaître jusqu’à contradictoire.

L’adolescent.e s’affirme dans son autonomie en se détachant affectivement des ses parents. Il transfère souvent la relation fusionnelle à ses parents sur une autre personne : ami d’enfance, copain d’école ou amoureux. Cette relation permet l’adolescent.e de se sentir rassuré et lui permet de vivre l’intimité.

Vers quoi tend l’adolescent.e ?

Il est dans une remise en question complète de tous ses concepts, valeurs ou croyances construites durant l’enfance. Remarquons que la famille est un bon facteur de protection contre les turbulences de l’adolescence (ce qu’atteste largement la littérature – Hogue et Liddle, 1999; Beyers et Goossens, 1999). (5) L’adolescent.e change de position dans l’ordre généalogique pour se vivre non seulement comme enfant de ses parents, mais aussi comme parent en devenir potentiel et avec cette liberté aujourd’hui de décider de ne pas en porter ou en élever. Il est ancré dans un passé qui lui permet de se projeter dans un avenir tout en savourant le présent. Ma réflexion phénoménologique sur l’adolescent.e :

Il/Elle est un sujet en construction, en métamorphose à accueillir tel qu’il est, se laisse percevoir dans l’instant. Rien n’est plus important que ce qu’il exprime dans un climat de confiance, sans jugement de ma part pour le laisser se raconter au travers de ce qu’il montre à voir. Sans conteste il se raconte avec tout ce qu’il est. La métamorphose de son corps le travaille profondément. Il se débat pour s’identifier, le menant vers une autonomie d’être pour se sentir vivre. Pour cela il doit répondre à ces propres besoins dont il n’a pas conscience mais qui le font être comme il se présente. Le recevoir avec une écoute active, bienveillance et empathie lui permet de se dévoiler à lui même. L’amener à trouver un sens qui lui soit propre, qu’il constitue lui permet d’évoluer naturellement vers sa nature profonde. La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, il lui faudra apprendre à naviguer, recevoir les vagues et surfer dessus, rencontrer les torrents, vivre les inondations et la sécheresse, vivre le calme et la tempête, les jours, les nuits et continuer de flotter en tenant la barre de ses accords avec lui même, de son harmonie corps- esprit vécu. Exister est se sentir en vie quelque soient les circonstances.

Le sentiment d’existence chez l’adolescent

Sentiment et sentiment d’existence

Le sentiment est une perception de soi faisant suite au vécu d’une émotion qui se vit simultanément au niveau physiologique et affectif dans une situation donnée. Le sentiment est une réponse adaptative à l’environnement. Je le perçois comme une façon de vivre en soi (dimension notre corps- esprit) l’environnement dans lequel nous évoluons et qui nous traverse.

Le sentiment d’existence est la reconnaissance et la légitimation de soi en soi. Ce sentiment est lié au système de valeur propre de l’individu. L’existence s’éprouve toujours dans une expérience vécue et renouvelée dans l’ici et maintenant. Je peux vivre mon existence et reconnaître que ma réalité existentielle est particulière, subjective et n’appartient qu’à moi. Sa justification n’est pas rationnelle car elle est apparaît comme un jaillissement qui n’a a priori aucune raison ni logique et pourtant elle se déroule à chacun de mes pas (elle se pose sous chacun de mes pas où que je me déplace où que je sois).

Ici, j’aborde le sentiment d’existence chez l’adolescent.e au travers de son schéma corporel. Il/Elle est en situation de vie dans le monde et se construit dans la vivance de son corps.

La puberté qui caractérise l’adolescence provoque de grands chamboulements, il/elle peut se sentir déboussolé.e et se demande « qui suis-je ? ». Amener la boussole à retrouver son nord c’est pour moi revenir à soi au plus profond et le plus simple à mon sens est de s’appuyer sur la respiration. Elle est toujours là, disponible et je peux juste l’écouter comme elle est. C’est grâce à elle que je suis en vie : l’oxygène de l’air est utilisé par les mitochondries, logées au fond de chacune des cellules qui constituent mon corps, me permet d’exister ! Quelle découverte miraculeuse que le fait d’être animé, se sentir en vie !

C’est la question du changement et de l’adaptation qui se pose lorsque l’on évoque ce sentiment : Comment exister, comment avoir ma place dans ce monde ? Tout bouge, tout est impermanent et pourtant, les adolescent.es, comme nous, s’accrochent à une stabilité, à une sécurité qui peut entraver leur évolution propre. Cette évolution tend, à mon sens, vers un épanouissement dans la vie, rendu possible par l’autorisation que l’on se donne à vivre ce que l’on a le sentiment d’être au plus profond de notre corps et de nos cellules.

Au travers du témoignage de certains adolescent.es, le sentiment d’existence est associé à un sentiment de tristesse, de solitude et d’incomplétude. Ils/Elles expriment aussi qu’il est révélé par la reconnaissance que les autres leur témoignent. Ils/Elle se questionnent : y-a-t-il un sens à mon existence ?, Pourquoi ne pouvons-nous pas choisir notre existence ? Ainsi il/elle est en quête de sa propre existence.

L’adolescent est narcissique, ce qui lui permet de construire une partie de son identité qui sera en perpétuel remaniement au cours de sa vie. « L’enjeux du narcissisme durant cette période de grands bouleversements dans son corps est de passer par l’appropriation de l’image de soi changeante et changée, pour accéder au sentiment d’exister et donc de passer du paraître à l’être pour aimer un autre que soi » (5).

Le corps est un organisme qui contient l’ensemble des organes organisés en structures permettant des interactions en son sein et avec l’extérieur. D’un point de vue biologique et physiologique, il fonctionne comme un système. Le corps objet devient avec la sophrologie un corps-propre ou corps-sujet au coeur de l’existence. Chez l’adolescent.e particulièrement, c’est donc la question de la temporalité qui se pose, de sa place, de sa durée dans ce monde, de sa relation à nous même, aux autres et à la vie. La question de : Que suis je ? Qui suis je ?

La sophrologie porte un regard phénoménologique sur la vie qui se déroule et se vit en moi et autour de moi. La RD4 amène à faire vivre, si c’est possible, des valeurs fondamentales de l’adolescent.e en tant qu’être au travers des différents systèmes qui sont stimulés en manance et rétromanance au niveau de chaque système. L’entrainement et l’accompagnement sophrologique a pour intentionnalité  d’amener l’individu vers sa réalité propre. L’adolescent.e peut vivre en état sophroliminale, ses valeurs propres qui pourront ensuite s’exprimer ainsi que tout son potentiel.

L’adolescent.e peut se révéler lui même en tant qu’existant avec cette capacité de s’ouvrir à l’expérience d’être là, de se dévoiler dans sa présence, ce que Caycedo nomme la conscience sophronique.

Dans cet état, tout phénomène a et prend du sens pour l’individu, c’est alors que la personne existe par et pour elle même. Elle est (se sens) en équilibre, en harmonie entre le corps et l’esprit. Ainsi la valeur existentielle appartient en propre à l’individu, elle est ce qui donne du sens à la vie, à l’existence de l’adolescent.e. Elle peut prendre sa place et se vivre, elle est un moteur pour vivre sa vie de façon digne, libre et responsable.

La tridimentionnalité s’est formée sous l’influence successive de deux philosophes, Husserl ( 1859-1938) et Heidegger ( 1889-1976). Le présent et « présent vivant » élargi à ses deux dimensions que sont le passé et le futur ou avenir. Chaque instant est donc dynamique entre la rétention (activité de la mémoire) et la protention (anticipation ou pressentiment de l’avenir). L’existence se temporalise au travers de son historicité.

Dans ma pratique, l’entrainement sophrologique opère des changements dans ma façon de vivre, de considérer les événements et je trouve plus de sens à ce qui m’anime.

Héritages familiaux et sentiment d’existence

Pour étayer ma réflexion professionnelle phénoménologique sur le sentiment d’existence chez les adolescent.es, j’ai décidé de m’appuyer sur une étude (2) « Des héritages familiaux au sentiment d’existence chez les adolescents suicidants ».

Il a cheminé en moi l’idée que si les adolescent.es ne ne suicident pas, ne mettent pas fin à leur vie malgré les turbulences qui les traversent et les incertitudes qu’ils vivent à tous les niveaux (scolarité, études, amoureux…) c’est qu’ils ont trouvé, intégré ou se sont appropriés des ingrédients leur permettant de vivre ce sentiment d’existence.

Tout peut être compliqué et ils sont en recherche de sens. La notion du sens est subjective est appartient à chacun en lien avec son historicité et son vécu. L’adolescent.e vit ce qu’il vit de façon légitime, comment pourrait-il en être autrement ? Il a toutes les bonnes ou justes raisons de vivre son sentiment d’existence de façon unique, innovante. L’adolescent.e naissant, a un besoin fondamental d’unicité et d’authenticité de son existence. « Si pour certains, l’intention de se faire exister semble plus prégnante que l’intention de se donner la mort, pour d’autres il semble plutôt qu’ils attendent de leurs proches une contenance et une reconnaissance dans leur différence. Chez tous, le sentiment d’appartenance groupale qui permet la différenciation et confère un sentiment d’existence fait défaut. Il en résulte une difficulté à se sentir inscrit dans leur filiation ou à identifier une place constructive dans leur généalogie ».

Ici il est question de l’héritage familial en tant que socle du sentiment d’existence éprouvé. D’après cette étude, les jeunes sont soit « en quête de contenant, en quête de maîtrise », « en quête de lien » ou en « quête de reconnaissance ».

Ce constat m’amène à découvrir toute la portée de l’attitude phénoménologique pour accueillir des jeunes en difficulté au travers de différents symptômes révélant leur rapport au sentiment d’existence. Comprendre au travers de l’écoute active, ce qui ce joue pour lui, faire reformuler pour amener des prises de conscience qui vont lui permettre d’y inscrire un sens propre va permettre de donner du sens   à sa vie et restaurer son sentiment d’existence. L’attitude réductrice est fondamentale pour un accompagnement structurant pour l’adolescent.

Ce qui blesse ou empêche le sentiment d’existence a été catégorisé dans cette étude :

  • Jeunes « en quête de contenant » car l’adolescent.e semble exclu d’une filiation affective et n’expérimente pas les liens précoces contenant et chaleureux. L’ampleur traumatique des événements familiaux vécus les empêche de percevoir leur famille comme un lieu d’appartenance rassurant.
  • Jeunes « en quête de maitrise » ont subit un non-respect de leur intimité physique au sein de leur famille. Ces jeunes ont un vécu d’intrusion (maltraitance) et attaque de leur intimité (attouchements sexuels voir inceste), souvent ils ont connu des épisodes d’automutilation. Le geste d’auto-traitement est une solution imaginée pour se donner une illusion de contrôle et se réapproprier son corps-propre. Il cherche a détruire le lien d’emprise, c’est pour lui un lien honteux qu’il veut perdre. Je me souviens d’une élève A, les bras mutilés, une attitude de fermeture. Je l’ai touché en cours d’un regard bienveillant, qui dit « oui je comprends la douleur que tu vis », pour qu’elle change d’attitude, comme si il n’y avait plus à cacher. Quelque temps plus tard, A est venue accompagnée d’une de ses amies M qui « se sent mal dans sa peau » en ce moment car son petit ami l’a quitté. J’ai senti la confiance que A m’accordait : elle venait me déposer son amie. Par l’accueil empathique, l’écoute active et une attitude réductionniste, M a pu cheminer et exprimer certaines émotions. Elle m’a laissé voir son besoin d’être extrêmement rassurée sur la légitimité du vide qu’elle ressentait en elle.
  • Les jeunes « en quête de liens », se réfèrent  à des expériences de rejet et d’abandon vécus par le jeune lui-même (adoption, abandon d’un des deux parents dans l’enfance), soit hérités des générations antérieures (hérités d’un vécu traumatique). Ils vivent le sentiment « de ne pas être aimés par leur famille ». La distance émotionnelle empêche les jeunes d’expérimenter une assurance quand à la continuité des liens affectifs. Ils ne se sentent pas sécurisés quant aux liens d’attachement à leur famille.
  • Jeunes « en quête de reconnaissance », disent faire référence à des difficultés relationnelles et de communication avec l’un ou les deux parents. « Chez ces jeunes, il y a une impossibilité à être reconnus dans leur lignée autrement que par rapport à la fonction qu’ils occupent. Dans ces familles, tout se passe comme si l’enfant se sacrifiait ou sacrifiait son développement pour porter secours à ses parents (…) L’enfant ne peut être investi pour lui même car il est assigné et s’assigne lui même à une tâche de réparation (Neuburger, 2005).

La problématique mise à jour ici est la place de chacun dans son histoire familiale et celle de l’individualité : Comment je la vis ? Est ce que je la vis pleinement ?

En tant que sophrologue cette étude me permet de comprendre l’importance d’activer la place de l’adolescent.e dans ses liens familiaux (quand nécessaire à son identité), de l’amener au respect de son corps et celui des autres, de créer du lien et de le reconnaître. Je prends conscience que la famille est un véritable terreau pour le sentiment d’existence (bien sur, il n’est pas le seul). Le sophrologue se doit de se tenir à distance de l’histoire racontée, écouter, faire reformuler, ne pas interpréter, car le sens viendra au jeune au travers ce qu’il vit en lui. L’accompagnement sur la problématique du suicide doit se faire en collaboration avec des professionnels de la santé.

Le sophrologue favorise le chemin personnel pour offrir au sophronisant la possibilité d’évaluer ce qui est structurant pour lui et en fonction de sa réalité objective du moment.

Le schéma corporel à l’adolescence

Le Schéma corporel s’acquiert tout au long de la vie, il est évolutif aux différents niveaux de la personnalité. Il est la représentation que chacun se fait de son corps (le corps comme contenant de notre conscience) en tant qu’entité statique et dynamique (position et mouvements du corps). Il inclut un contenu physiologique (organes organisés en système) mais aussi un contenu affectif, émotionnel, des facteurs sociaux, le corps sexué, les jugements de valeurs sur le corps.

L’enfant acquiert la différenciation des aspects du corps grâce à différentes stimulations qui lui permettent de délimiter et distinguer son corps de l’extérieur : c’est la période de conscience corporelle, puis nait la conscience de sa singularité et de son unicité. Le Dr Caycedo a divisé l’être humain en cinq systèmes, qui chacun sont constitués de structures anatomiques ou physiologiques. Les systèmes sont bien identifiés et constituent le support d’apprentissage et d’expérimentation de l’être.

L’adolescent a besoin d’un cadre structurant qui de ce fait est bien défini. Les systèmes sont des supports « pédagogiques » sur lesquels ils peuvent s’appuyer, se référer : ils sont des repères à observer, à écouter, à toucher, à accueillir puis ils sont racontés par le sujet au travers de leur vécu lors de la phéno-description.

Au travers de mon expérience professionnelle, amener la découverte de son corps vivant à l’adolescent.e s’effectue et se vit en plusieurs étapes.

Tout d’abord, trouver des leviers de motivation pour lui donner envie de d couvrir la pratique de la sophrologie passe mon sens par une proposition de vivre une expérience dans laquelle il est le héros. Sans oublier que nous tendons vers des objectifs discutés ensemble qui répondent à leurs besoins. De ce fait : quels sont leurs besoins ? La réponse se discute, se construit. Ce mot expérience est impactant car il induit du nouveau à découvrir et le/la jeune est acteur.trice, observateur.trice, bref explorateur.trice de lui même. Cette proposition « fonctionne » bien, en ce sens qu’elle mène souvent à l’adhésion.

En plus de l’expérience, je propose des outils qui permettent par l’entrainement d’être à bord de son navire, seul chef !! in fine de vivre sa vie de façon unique et permettre par là de laisser se restaurer ou bien s’élaborer un sentiment d’existence propre. Je me présente ainsi que les raisons de ma proposition de façon clair et interactive. Puis rapidement je leur propose de goûter l’expérience dans une ambiance sécurisante qui passe par une posture et un discours adapté au public.

Le terpnos logos lors des sophronisations (durée 20-25 minutes) est essentiel et lié à mon intentionnalité. L’intentionnalité dépend du groupe et de l’objectif de la séance inscrite dans une cure déterminée en accord avec la demande des ou de l’adolescent.es. Au début le discours est explicatif sur les techniques proposées puis grâce à la répétition et en fonction de l’intégration, il évolue et devient plus « pur ». Le terpnos logos n’est pas figé pour stimuler l’attention et pour permettre aux participants de conquérir leur autonomie dans la méthode et au quotidien. La pratique de l’attention à la respiration, à la forme et aux contours du corps en mouvement ou statique et les relaxations dynamiques amènent une prise de conscience progressive des différents tissus, système par système pour une intégration progressive du schéma corporel au fur et à mesure des vivances corporelles.

Le sophronisant adolescent.e est amené à vivre pleinement, consciemment son corps en y intégrant toutes ses parties participant à la constitution de sa corporalité. Au moment de la phénodescription, je décide de laisser le jeune avec son crayon et son livret pour un temps de recueillement. Je remarque souvent leur application et implication. Leur expression est très variée : pour certains quelques mots  écrits en gros, en petits, pour d’autres un petit texte, quelques phrases et parfois des dessins, chacun a la possibilité de s’exprimer comme il l’entend sans attente. Ils/Elles apprécient le « sans attente », qui change de ce qu’ils vivent à l’école et parfois dans la famille ou avec des amis. Je précise toujours que la phénodescription n’est ni bien, ni mal, ni belle, ni moche, elle est.

Le Schéma corporel est situé dans le cerveau au carrefour des aires de réception (sensation, perception), de la mémoire et des aires motrices, d’action, de prévision, et de délibération. Il a donc une structure physiologique qui opère la liaison entre le corps propre et le monde ext rieur, entre l’espace subjectif de l’individu et l’espace objectif externe. Le Schéma Corporel est donc une capacité  universelle et existentielle fondamentalement évolutive dans lequel s’inscrit notre sujet (l’adolescent.e). Le principe du schéma corporel comme réalité vécue constitue une des bases propres à la sophrologie (avec celui de du principe de l’action positive, le principe de la réalité objective et celui de l’adaptabilité). Il s’agit de l’intégration du Schéma Corporel dans la conscience car la conquête du corps est la conquête de l’esprit. Le vivre au travers des sophronisations mais aussi aux travers de petits exercices durant lesquels l’attention est portée aux sensations vécu avant, pendant et après l’exercice, sur et ou dans différentes parties du corps et à la respiration.

Croissance, maturité du corps et sens

Nous avons vu précédemment que chez l’adolescent.e, les modifications du corps sont quantitatives (la croissance) et qualitative (la maturation). Son corps et ses fonctions physiologiques changent de façon radicale et cela peut lui donner un sentiment d’étrangeté plus ou moins profond. Travailler avec l’adolescent.e sur son schéma corporel va lui permettre d’apprivoiser son corps devenu parfois hostile.

L’enjeux que je perçois est d’amener à accueillir d’être mue par une transformation à propos de laquelle on ne peut rien et qui échappe à la maîtrise. Accepter, amener à accueillir d’être traversé par une expérience qui échappe au contrôle, supporter d’en sortir changé. En ce sens, le Schéma Corporel est fondamentalement le sentiment existentiel que chacun a de son corps. Le corps se sent au travers des sensations qui ont un support physiologique. Ce dernier est constitué des récepteurs sensoriels, de la conduite de l’information le long des neurones dans la moelle épinière et l’information électrique sera reçue puis analysée dans les différentes parties du cerveau. Les organes sensoriels (extero-recepeurs : goût, odorat, ouïe, toucher, vue) conduisent donc une information nerveuse qui est traduite par le cerveau. Cette traduction n’est pas neutre, elle est éduquée par les différents vécus de l’individu ainsi la sensation devient perception. Et cette perception est parfaitement subjective. Faire gouter un grain de raisin sec les yeux bandés avec un maximum de présence aux sensations, puis raconter, partager cette expérience aux sein du groupe permet de comprendre, de mette en lumière que nous avons tous vécu différemment l’expérience, qu’elle nous a peut-être permis de décrocher notre mental, ou pas et peut être sentir la vie en nous ?

Sentir son corps grâce la répétition vivantielle (l’entrainement), permet d’être de plus en plus précis dans le vécu, les manifestations, et amène l’individu à devenir le Moi corporel*. Caycedo utilise ce terme pour mettre le focus sur la notion de personnalité, d’individualité qui nécessite la place du corps. Mon Intentionnalité en tant que sophrologue et d’amener à accueillir ces changements, dans les possibles de l’instant, pour restaurer une sécurité intérieure de base et intégrer le « je suis » qui structure la confiance de base : je me vis, me sens, me ressens ici et maintenant (à la place qui est mienne) dans mon corps, entre ciel et terre.

Ma posture professionnelle à cet égard est de proposer un nouveau regard sur soi, comme pour la première fois. Faire la découverte du corps et tourner le regard de l’extérieur vers l’intérieur pour tendre vers une réalité objective, vivre les sensations corporelles pour un vécu renouvelé permettant un accès au sentiment profond d’existence. La RD1 par la conscience tissulaire amène la conquête du corps par des mouvements. Le toucher, l’explorer en respectant des temps de pause permet de l’intégrer. L’adolescent.e peut se poser et savourer les sensations perçues, prendre conscience de ses dimensions et sa place dans l’espace. Lors des pauses d’intégration, les phénomènes apparaissent et l’adolescent peut constituer une nouvelle « image instantanée » de lui même dans sa conscience. Cette technique de présentation est un renforcement et une activation du bien-être ou pas que l’adolescent s’approprie dans le moment présent. Mon intentionnalité lors de différentes pratiques est aussi, grâce à une adaptation mon terpnos logo, d’être une force de proposition qui permette l’émergence de besoins propres et de guider l’adolescent.e vers sa confiance en lui/elle.

Les émotions qui traversent l’esprit rencontrent le corps et peuvent être source de tensions, de dysfonctionnement. Le corps semble cristalliser les émotions : Je ressens relève de l’intelligence émotionnelle. Ainsi, être attentif au ressentis du vécu du corps amène à dire, exprimer une ou des émotions cachées qui peuvent alors se libérer.

Les émotions sont un guide qui sert au sujet à s’orienter. Elles disent par leurs manifestations sensorielles ce qui se vit à un niveau de conscience plus profond et parfois même plus inconscient. Privé de ces outils pour comprendre ce qu’il vit, l’adolescent erre dans un état d’angoisse important qui l’empêche de ressentir. « La vie a perdu ses couleurs, ses parfums » (1)

Image de soi chez l’adolescent

Les modifications du corps fragilisent l’image du corps, le psychisme et les relations sociales de l’individu. Elles produisent des réajustement de la manière d’être au monde. Ainsi toutes les difficultés vécues dans le corps biologique se répercutent immanquablement dans la sphère psycho-affective et inversement. L’image de soi émerge après celle du schéma corporel, elle est chargée d’affect, porte un aspect imaginaire et elle est fragile. Elle peut s’éloigner du Schéma corporel car elle contient toutes nos croyances qui l’affectent. Les sens participent à la construction de soi : les contacts physiques sont indispensables à un bon développement physique, immunitaire et cérébral.

Le toucher à une fonction sociale et en ce sens est capital pour l’équilibre émotionnel de l’individu (3). De quoi questionner sur les conséquences de la distanciation sociale imposée dans la lutte contre la pandémie de Covid-19….

La proprioception est le sens qui permet l’équilibre, l’orientation et la coordination de nos mouvements. Ce sens résulte d’un traitement par le cerveau de messages nerveux, portés par des milliers de capteurs au coeur de nos muscles. Comme tous les sens, il peut être leurré car notre cerveau peu s’illusionner, faire d’une tromperie une réalité (4). Je ne suis donc pas ce que mon cerveau me raconte ainsi mon image n’est pas une réalité, elle est observée par différents prismes. La sophrologie mise sur l’importance de la vivance de la présence à soi, au monde, pour se sentir exister, dans un rapport phénoménologique à ce qui nous apparaît. L’approche phénoménologique est une approche méthodique de l’expérience subjective. Merleau Ponty décrit l’expérience que l’individu a de son propre corps et du monde, tels qu’ils apparaissent non à un observateur extérieur mais à celui qui vit cette expérience.

L’exploration de la proprioception par les scientifiques dévoile l’importance de la gravité, de notre verticalité qui structure notre perception dans l’espace. « Le cerveau évolue avec la gravité comme repère, la gravité est un axe de référence ». Les adolescents ont besoin de repères, de socles pour évoluer avec un sentiment de sécurité. La conscience de cette gravité vécue amène des changements de posture pour l’adolescent.e qui met en mouvement ce corps et qui l’habite. L’adolescent.e peut s’entendre ou se sentir dire « je fais », ce qui l’amène à se sentir « capable de ». Observer, vivre son corps dans les possibles de l’instant permet de cheminer vers « je fais donc ce que je suis avec ce dont je suis capable pour le moment ». La vivance permet d’acquérir des compétences qui se construisent dans le temps. Ces dernières participent à la structuration de l’adolescent.e bien au delà de son image pour tendre vers une autonomie, recherchée chez l’adolescent.e malgré ses différentes craintes.

L’adolescent.e explore les limites et capacités de son corps car il est en pleine construction de son schéma corporel sous tendu par des liens entre le sens de la vue et la proprioception. La maturation de la proprioception vient avec l’apprentissage et l’âge. À 23 ans, le Schéma corporel est au maximum de sa maîtrise et cela est un processus naturel.

L’accès au schéma corporel en évolution est possible de manière consciente grâce à la concentration. Si je me concentre sur un mouvement alors je peux devenir plus sensible. La focalisation sur le mouvement amène une information plus précise au cerveau. De nombreuses techniques permettent de vivre la présence à soi et au monde pour se sentir exister dans un rapport phénoménologique à ce qui nous apparaît. D’où l’importance de l’entrainement régulier. La pratique de la RD2 permet par l’expérience d’acquérir une nouvelle dimension, celle de sa propre conscience de lui même. L’adolescent.e est celui qui regarde (noèse) et qui est regardé (noème). Il/Elle vit un mouvement en conscience et se voit en train de le vivre. Il/Elle découvre la gravité contre laquelle il se dresse pour se tenir debout, ainsi il éveille les motivations qui créent un élan vers une réalisation. L’élan vers cette réalisation peut être exploré par la pratique des SAP et SPF. L’adolescent est amené à se vivre, se reconnaître et est capable de se rassurer lui même.

Le corps comme support de conscience

Le corps est une manière de s’exprimer au monde. Tous passe par le corps, ce que nous appelons la Corporalité. La corporalié est dans le vécu, dans les couches de plus en plus profonde de la conscience ainsi « la conquête du corps est la conquête de l’esprit » pour Caycedo. La Corporalité évolue selon trois étapes : découverte, conquête et transformation et dans quatre dimensions : la tridimensionnalité  (passé, présent, futur), la dimension mentale, affective et physique. C’est dans le processus d’intégration de toutes nos expériences que le corps est la base même de la conscience.

L’adolescent.e est conscient parce qu’il est sensible ainsi l’exploration de sa sensibilité, de l’intime et du subjectif lui permet d’ouvrir une nouvelle voie de connaissance sur lui même et sur le monde. Aujourd’hui l’adolescent.e est souvent très connecté.e et naturellement préoccupé.e par son apparence peut par la proposition de la sophrologie avec l’expérience du schéma corporel l’amener en profondeur de ce qui le constitue.

La RD3 mène vers l’accès à sa structure biologique comme support d’existence. Porter son attention aux manifestations de la vie en lui, amène le corps et la prise de conscience qu’il est vivant. Les transformations physiques ont un effet sur la perception de son corps. L’entrainement sophrologique au travers du schéma corporel vécu permet l’adolescent(e) de reconstruire l’image de son corps en le reconnaissant, se l’appropriant et en l’accueillant sans jugement dans les possibles du moment.

Les adolescent.es témoignent souvent d’une découverte incroyable de ce qui se passe en eux, grâce à la présence portée à eux même. Au travers de l’entrainement sophrologique mobilisant le schéma corporel le sophronisant peut prendre conscience que la visée de la sophrologie est l’existence. Il peut s’ouvrir à l’expérience d’être là, de se dévoiler dans sa présence. Cette présence accrue peut amener la transformation harmonieuse de l’adolescent.e qui reconnaît ses besoins profonds et peut s’autoriser à y répondre en vivant (incarnant) ses propres valeurs (celles qui donnent un sens à sa vie).

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

  • LEFÈVRE – VALLÉE Isabelle, L’ADOLESCENT & la sophrologie, S’épanouir sereinement, éditions Ellebore, quatrième trimestre 2018.
  • BONNASSE Pierre, LE POUVOIR DE L’ATTENTION, Exercices de sophrologie pour la vie quotidienne, éditions Médicis, mars 2009.
  • ESPOSITO Richard, Sophrologie, Lexique des concepts, techniques et champs d’application, éditions Elsevier Masson, retirage février 2019.
  • CHAPELLE Cindy, La sophrologie pour les nuls, éditions First, décembre 2014.
  • CHÊNÉ Patrick-André, Tome 1 et 2 SOPHROLOGIE – Fondement et méthodologie, éditions Ellebore Thesus, 6ème édition, deuxième trimestre 2018.

Documentation sur internet

(1) Marty Françoise, Adolescence et émotion, une affaire de corps. (revue enfances et psy)
(2) Des héritages familiaux au sentiment d’existence chez l’adolescent suicidant ( Thérapie familiale, Genève, 2013,34,2,301-305)

Revue

Psychologie – Hors série n°36 – octobre, novembre 2016.
Inexploré – n°50 – Corporalité p113-117 – Trimestriel avril, mai, juin 2021
Femininbio – n°32 – Fabrice Midal « le sens ne s’apprend que dans la vraie vie »  p13-17 – Janvier et février 2021

Documentaire vidéo

(3) ARTE « le sens du touché »
(4) ARTE « Véritable 6eme sens : la proprioception »
(5) Le cerveau en ébullition de l’adolescent pour intervenant : Robert Brès, psychiatre,
Centre hospitalier universitaire de Montpellier. Produit par Académie des sciences et des lettres de Montpellier.

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