La réduction phénoménologique en sophrologie

La place de la réduction phénoménologique est au cœur de la pratique du patient. Elle doit l’accompagner dans chaque entrainement.

La première approche de la réduction phénoménologique est tout d’abord enseignée au patient au cours des pauses d’intégration où on lui demande d’accueillir tous les phénomènes, toutes les sensations sans les interpréter, les juger et les analyser.

Puis ensuite, lors de la phénodescription, où on lui demande de restituer ses vivances pendant la séance, de la même manière, sans juger, ni analyser.

Au cours des séances, on l’amène ainsi à porter un nouveau regard sur son corps, en devenant l’observateur de ce corps, et en oubliant tout ce qu’il croit en connaitre. Il doit pour cela se faire sa propre expérience, en regardant son corps « comme si c’était la première fois ». Cela va l’amener à comprendre que tout ce qu’il sait, qu’il croit savoir, est erroné.

La célèbre phrase de Socrate « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » résume bien l’état d’esprit dans lequel il faut se mettre dans la pratique de la sophrologie, pour pouvoir effectuer une nouvelle découverte de son corps, basée sur la vivance, l’expérience, et non pas sur ses connaissances, issues de conditionnements depuis sa naissance.

Grâce à cet entrainement, le patient prend plus naturellement une posture d’accueil, d’ouverture, qu’amène cette réduction phénoménologique. Il développe également son attention par ce nouveau regard qu’il porte sur lui-même et sur tout ce qui l’entoure.

C’est cette posture d’accueil, d’ouverture, d’attention, qui permet de se placer dans l’instant présent. Le corps (qui, lui, vit toujours au présent) et l’esprit sont alors en harmonie, tous les deux au même endroit, au même moment : ici et maintenant. C’est la rencontre du Moi corporel et du Moi présentiel, la découverte de la région phronique. Cela permet de couper le mental, de s’en libérer et de s’ancrer dans l’instant présent, d’être dans une présence totale. Cela permet d’accéder à la pleine conscience. Comme le dit E. Tollé, « La présence est pure conscience, celle qui s’est dégagée du mental, du monde des formes ». Alfonso Caycedo qualifie d’ailleurs « d’entrainement phronique réductif » les 4 premières RDC.

Grâce aux techniques sophrologiques, le patient apprend à lâcher l’attention portée aux phénomènes dans le corps pour aller s’attacher à l’essence même de ces phénomènes, de façon intuitive, en prenant en compte les actes de visées de sa conscience, en observant le phénomène et sa source.

Cela amène le patient à porter un nouveau regard sur lui-même, sur le monde qui l’entoure, sur la vie. Alors, ses valeurs existentielles changent, évoluent. Cet accès à la conscience sophronique et ce nouvel existentialisme représente l’objectif fondamental de la sophrologie. Et cet objectif ne peut être atteint sans la réduction phénoménologique.

Si le patient reste accroché à ses croyances et à ses modes de fonctionnement, il restera au fond de la caverne (de Platon.) C’est la raison pour laquelle la réduction phénoménologique doit être au cœur de la pratique du patient, car elle lui permet de s’affranchir de ses fausses croyances, de ses connaissances erronées et de s’ouvrir à sa propre conscience, de la découvrir, de la conquérir et de se transformer (pour reprendre les 3 grandes étapes décrites par Caycedo).

La pratique de la sophrologie avec la réduction phénoménologique…

…est alors un peu comme une nouvelle naissance, un nouveau cycle de vie. Le patient passe, au fil de l’entrainement de l’enfant qui découvre pour la 1ère fois, avec un regard nouveau, à l’adulte « éveillé ».

Dans une attention ordinaire, la relation sujet-objet entre un patient et un praticien se définie comme une relation entre un sachant et un élève. Le patient est soumis à son praticien auquel il se remet pour aller mieux. C’est une relation dominant-dominé, où le praticien est placé au-dessus du patient. Cette relation est incomplète car le praticien alors ne perçoit que certaines facettes de son patient. En effet, il le regarde de façon superficielle et limitée, gêné par ses représentations mentales. Le sujet et l’objet sont bien distincts, dans la dualité.

Afin de dépasser cette dualité et cette distinction entre le patient et le sophrologue, ce dernier doit faire l’époché de ses conditionnements, de ses connaissances et de ses interprétations. Il entre alors dans une perception différente de ce qui l’entoure et du sophronisant. Cette perception ne se limite plus à ce qui apparait mais à tout ce qui existe, dans son essence, comme une « fusion » avec le monde. Le sophrologue ne perçoit plus avec les limites de son corps. Il perçoit en dépassant ces limites et en englobant tout ce qui l’entoure.

Pierre Bonnasse décrit bien cet état :

J’ai la ferme sensation d’être le vaste espace qui contient tout ce qui va et vient à l’intérieur du monde.

C’est dans cette attention consciente et sans dualité, qu’apparait cette unité de conscience entre le patient et le sophrologue et qui permet l’alliance. A ce moment là, le sophrologue va avoir une perception totale, entière de la personne qu’il a en face de lui. Et il voit l’autre en se voyant lui-même. Il devrait alors ne pas y avoir de notion de transfert (dont on parle en psychanalyse) dans la relation entre le patient et le sophrologue.

C’est une relation d’égal à égal, qui doit être favorisée par l’attitude et la posture du sophrologue qui se limite à l’enseignement des techniques sophroniques. Celui-ci doit laisser le patient libre de réaliser et de vivre les séances comme il le souhaite, sans chercher à le diriger et en le positionnant dans une place active. Pour cela, il doit être dans sa réalité objective et sans attente vis-à-vis de lui-même et de son patient.

Selon Caycedo :

Le sophrologue doit comprendre et percevoir son propre état de conscience, sa propre réalité objective pour en tenir compte face à celui de son patient. Ce qui l’autorise à se conduire en guide et à établir l’alliance.

Le sophrologue, en ayant une attitude phénoménologique et en étant dans sa réalité objective, parvient alors à un dépassement de la relation sujet-objet, pour une relation sujet-sujet. Il y a un vrai échange, un vrai partage. Une relation particulière, privilégiée, s’installe entre le praticien et son patient : c’est l’alliance sophronique. 

Auteur : Christelle Beccaud

2018-01-18T14:48:35+00:0010 juin 2015|