La relation d’aide sophrologique et phénoménologique

Notre premier devoir en tant que sophrologues vis-à-vis de nos patients est de répondre à leurs demandes, et aux objectifs de travail dégagés lors de l’anamnèse dans le respect du contrat établi.

carl rogers relation d'aidePour Carl Rogers, psychologue américain (1902-1967) à l’origine d’un mouvement psychologique, la Relation d’Aide Centrée sur la Personne, dans la relation d’aide, c’est la relation en elle-même qui est le support de l’aide.

Ainsi quelles que soient les techniques utilisées, la relation instaurée sous-tendue par l’alliance aura pour but de permettre à l’autre de se comprendre, d’être en contact avec lui-même, de lui permettre de mettre des mots sur ses ressentis, de gagner en sentiment d’être.

Pour cela nous nous devons avant tout de créer un climat de confiance et de sécurité. Nous nous devons de manifester une neutralité bienveillante propice à l’expression libre de notre patient, en pratiquant une écoute active, sans jugement, ni interprétation, ni banalisation, ni conseil, ni harcèlement. Et en la lui manifestant, nous devons faire silence à l’intérieur de nous-mêmes pour aménager à la personne un espace d’accueil respectueux de ses valeurs et le lui faire savoir.

Nous nous devons d’être congruent, en étant au clair avec nous-mêmes, conscients de notre propre vécu, et authentiques dans nos ressentis et dans l’expression de ceux-ci, toujours dans le respect de la personne et au service de la relation, pour lui permettre de s’octroyer aussi cette liberté en toute autonomie.

Enfin, en étant empathique, au plus proche du ressenti de notre « client », nous pouvons l’aider à se comprendre lui-même sur le chemin de sa quête, en ayant toujours un regard positif inconditionnel et donc une foi inébranlable dans son potentiel et ses ressources, dans sa capacité à se comprendre et à effectuer les changements nécessaires et constructifs à son développement. C’est dans la création de cet espace de liberté pour exister, que nous permettrons de laisser advenir ce qui doit advenir à ce moment-là (la tendance actualisante) et ainsi pouvoir l’accueillir comme un phénomène.

Il est donc tout à fait primordial que nous puissions lâcher nos exigences vis-à-vis de cette personne : pour l’aider dans son cheminement, sans maternage, sans désir de la changer. Pour pouvoir l’accepter telle qu’elle est, dans le moment présent, sans l’approuver forcément. Pour la voir comme détentrice d’un potentiel, de ressources à mobiliser et l’amener à en prendre conscience. Pour lui donner le droit d’exister avec ses convictions sans la figer. Et en travaillant sur nos limites pour les agrandir, pour accueillir l’autre sans le juger, nous nous accueillons nous-mêmes dans ce que nous sommes pour mieux développer notre chaleur humaine et mieux la lui communiquer.

La relation d’aide est un processus complexe

Mais si en appliquant ces « beaux principes », nous croyons tout savoir de la relation d’aide, c’est oublier bien vite la complexité du processus mis à l’œuvre, qui prend racine à la source même de la relation et non dans un quelconque savoir académique, fut il péniblement acquis !

Est ce à dire qu’il nous faut faire fi de toutes nos connaissances acquises au cours de nos formations ? Certainement pas mais paradoxalement, c’est en acceptant de s’en éloigner davantage que nous pourrons en faire bonne  « mesure ». Car ce sont bien nos connaissances qui sont au service de la relation et non l’inverse.

Qu’importe si je me trompe, pourvu que je le reconnaisse et que je ne me cache point sous les habits de l’imperfectibilité pour cacher mes faiblesses, car a-t-on jamais fini d’apprendre ? Et n’est-ce pas cette interrogation sans faille de nous-mêmes qui nous donne le vertige mais surtout la soif de continuer sur notre chemin à être, dans cette quête sans cesse renouvelée d’un nouvel être –au–monde ?

Ce qui importe c’est notre implication dans cette relation, quitte à nous découvrir au détour d’une sensation, d’une perception, d’un acte, d’un regard, d’une parole, aussi nus que des vers.

La relation d’aide n’est-elle pas avant tout affaire d’humilité ?

Humilité que nous retrouvons à la base de tout service dévoué aux autres et donc à nous-mêmes. Humilité face à l’étendue de notre propre ignorance devant nos propres mécanismes psychologiques. Humilité devant ce qui nous échappe indéfectiblement car il est du domaine de l’autre. Et joie indicible de la saisie intuitive de ce qui fait notre communauté d’être, nous donnant ainsi accès, à ce qui nous ressemble, à ce qui nous rassemble, à ce sans quoi nous ne serions pas, à notre essence. Et force d’évidence dans notre conscience, de notre place au sein de l’humanité et ceci grâce à l’exercice librement consenti de notre responsabilité à Être-Digne du cheminement imparfait de notre âme.

Les prémisses de la relation d’aide à travers un exercice à faire chez soi 

Installez vous devant une glace, et regardez vous droit dans les yeux, que ressentez vous ? Accueillez et acceptez ce qui vient… Après les 3 techniques clés abrégées, ouvrez de nouveau les yeux devant votre miroir. Plongez dans votre regard… Que voyez vous, que ressentez vous ? Accueillez-vous avec ce nouveau regard comme si c’était la première fois et acceptez ce qui vient. Vivez cette relation noético noématique avec vous-même, vivez ce lien et à chaque fois que vous croyez tenir quelque chose de vous-même, libérez vous en par l’expiration. Descendez à votre rythme, et dans la mesure de vos possibles de l’instant, couche après couche, en conscience, dans le secret de votre esprit, de votre âme… Derrière le regard, au-delà de ce regard, que vous renvoie votre miroir ? Peut-être pouvez-vous percevoir cet autre regard… Qui regarde qui ?

Auteur : Patricia Gotteland – formatrice à l’ESSA

2018-05-01T12:10:27+00:004 mai 2015|