Le métier de sophrologue… vécu !

Installée dans mon jardin en train d’écrire sur mon métier de sophrologue je me laisse saisir par l’instant qui me saisi. Une pause phronique dans ma vie pour accueillir les chants des oiseaux qui s’entremêlent avec le ronronnement lointain d’une tondeuse à gazon qui me ramène à la douce conscience de cette période de l’année, ce début d’été qui pointe son nez furtivement laissant apparaitre les vertus sémillantes d’une nature qui respire.

Au fur et à mesure que la lumière décline, les parfums s’imposent, je saisi celui du seringat et m’en laisse saisir. C’est à présent, entre ces lignes, que l’odeur du chèvrefeuille semble-t-il, sucré et orangé, m’extirpe de mon clavier… ces parfums apparaissent et ma conscience s’en empare, mon corps les vit et les ressent, s’en nourrit pour disparaitre lorsque je cherche à les figer, les retenir… plutôt les retrouver dans mon expérience vécue qui perdure!

Être présent à soi, au monde, aux autres, vivre et être en pleine conscience dans l’instant. « Notre vraie demeure est le maintenant (.. .) La vie n’existe que dans l’instant présent » affirme Thich Nhat Hanh.

Le sophrologue pour réaliser sa prise en charge va utiliser la méthode sophrologique élaborée, par le Professeur Caycédo, à partir de différentes méthodes occidentales (le Training Autogène de Schultz, la relaxation de Jacobson, la philosophie phénoménologique…) et orientales (yoga, zen…) créant des techniques dont l’efficacité n’est plus à prouver pour nous praticiens de la sophrologie. Une méthode a priori simple mais qui demande plusieurs années d’apprentissage, de pratique personnelle et d’intégration pour être enclin à exercer ce métier de sophrologue dans le respect de ses principes et de sa philosophie.

profession sophrologue

Qu’est-ce que le métier de sophrologue ?

Au delà de la méthode sophrologique, la profession de sophrologue est un métier de la relation à l’autre, pouvant s’exercer en cabinet libéral ou s’inscrivant dans une prise en charge complémentaire à différentes disciplines ; sportives, médicales, pédagogiques ou encore dans le milieu de l’entreprise pour prévenir des risques psychosociaux….

Une rencontre : cette relation à l’autre se fait en entretien de face à face. Entretien dans le sens littéral du terme ; « prendre soin » de la personne que le sophrologue accompagne dans une juste distance pour être, dans la relation sophrologique, l’ « alliance », approche bien différente de la relation transférentielle propre à la psychanalyse.

La prise en charge sophrologique se déroule sur plusieurs semaines à raison d’une heure, une fois par semaine si possible. L’entretien en début de séance, « dialogue présophronique » , demande une grande présence, là, ici et maintenant, dans l’instant présent. Une présence sans jugement, dans l’accueil de ce que dit, vit et ressent la personne, sans interprétation.

Le sophrologue met entre parenthèse sa vie, ses occupations et préoccupations personnelles l’instant de la séance, il met sa psyché au service de la personne pour l’accueillir dans sa réalité de l’instant telle qu’elle apparait, sans aucune attente ni désir sur la personne, dans une réalité objective proche de celle de la personne. Il s’agit là de l’attitude phénoménologique, ce positionnement professionnel du sophrologue.

La relation d’aide centrée sur la personne, approche psychologique de Carl Rogers, est un outil complémentaire dans notre démarche d’accompagnement où la reformulation permet de rejoindre un des principes fondamentaux en sophrologie, celui de la réalité objective. Le sophrologue va cultiver cette attitude phénoménologique grâce à son propre entrainement sophrologique quotidien où, la pratique de l’épokè, pas toujours simple car la conscience naturelle, celle qui vagabonde dans les pensées, revient au galop, le rattrape.

Il se doit alors, de la dépasser, courir plus vite qu’elle, s’en échapper pour rester dans une pleine attention qui permet de voir la personne à chaque séance comme si c’était la première fois, de porter toujours un nouveau regard, celui de l’instant dénué de tout jugement, de toute interprétation, une attention épurée qui permet une vision plus élargie laissant de côté les préjugés et les a priori. Cela demande de la part du sophrologue, une mobilité de la conscience. Lorsque la psyché du sophrologue ne juge pas, laisse de coté, ses attentes, ses peurs ou ses désirs de bien faire, ses aprioris et ce qu’elle croit savoir, l’esprit « débroussaillé », alors un espace se créé, là où la personne accompagnée peut être accueillie librement, entièrement, authentiquement. Ainsi la personne se révèle, comme l’image sur papier photo plongée dans le révélateur ; elle apparait et s’apparait.

L’instant de cet instant, dans ce moment et dans cet espace à vivre, dans sa conscience et celle du sophrologue, elle existe et se sent exister dans son individualité, sa personne et sa personnalité dans son origine et son originalité voir même dans son intimité, dans sa conscience, rejoignant à ce moment là, avant même d’avoir vécu une « technique » sophrologique, le principe de schéma corporel dans une réalité vécu dans une réalité objective.

Cette personne qui nous apparait dans cette authenticité, qui se dévoile au sophrologue et à elle-même, pourra alors être accompagnée par une technique sophrologique appropriée à la personne, en gardant toujours cette même présence, ce même espace psychique libre et disponible afin de nourrir l’ « alliance sophronique » permettant d’être au plus proche du vécu et du ressenti de la personne.

La méthode sophrologique n’est pas une méthode de relaxation, la sophrologie permet à la personne progressivement de développer elle-même cette attitude phénoménologique afin d’aller dans son éprouvé, sa consistance, sa chaire et sa présence positive à vivre, à accepter et à aimer… dimension corporelle faisant partie intégrante et constituante de la conscience d’un point de vu sophrologique.

Le sophrologue dans son attitude et sa présence phénoménologique ramène la personne à sa présence vécue, ressentie, existante… existant pleinement à travers une attention bienveillante qui n’attend rien, n’impose rien mais qui l’accueille et lui donne cet espace de vie, un espace où exister librement, entièrement, pleinement… un moment de retrouvailles avec soi, d’alliance avec soi même, plongé dans la saveur de soi après tant de dispersions psychiques.

Le sophrologue, par les techniques sophrologiques, sa voix chaleureuse, bienveillante et sécurisante à travers un terpnos logos riche au départ et de moins en moins dense à mesure de la prise en charge, ouvre l’accès au chemin de l’acceptation et du respect de soi permettant à la personne de se découvrir dans une dissemblance parfois troublante que permet cette attention nouvelle posée sur soi.

Se sentir exister pour être présent au monde, aux autres. La fin de la technique vécue est le début d’une nouvelle activation des qualités existentielles, le début d’un retour au vécu du corps en mouvement, de la conscience du tonus musculaire.

Puis les yeux s’ouvrent avec cette nouvelle présence au monde, dans un esprit disponible et positif pour laisser la place à l’instant qui se présente. La personne redécouvre le monde extérieur laissé momentanément de coté. Moment d’une saveur particulière à vivre, comme un nouveau printemps naissant… une « nouvelle vie » apparait dans la manière de la percevoir, la saisir et la vivre.

Arrive alors le temps du dialogue post sophronique. Le sophrologue, toujours dans cette attitude phénoménologique, accueille le vécu de la personne, sa phénodescription ; description orale par la personne des phénomènes vécus pendant la séance. Le Sophrologue l’aide alors à se positionner de manière phénoménologique face à son ressenti. Il n’y a pas de contenu positif ni de contenu négatif mais des sensations vécues. Qu’est ce que cela apporte à la personne me direz-vous ? Une question que la conscience naturelle amène, « à quoi ça sert ? ».

Je dois replonger dans mon ressenti pour y répondre, dans cet univers qui m’est propre, loin du raisonnement, de mes jugements, loin des regards extérieurs et de mes interprétations que je leurs prêtent, proche de moi dans cette alliance avec mon corps et ma psyché, dans cette relation intime avec moi-même, je vis, j’existe et ce sentiment existentiel profond me permet d’être plus résiliant et plus apte à vivre les évènements de la vie avec tantôt cette conscience naturelle qui juge et me fait peur ou m’émerveille… et tantôt cette capacité à prendre de la distance et, considérant les choses sous un angle élargi, vivre pleinement ce qui se donne à vivre et me donne vie, que ce soit de la colère, de la tristesse, de la peur ou de l’envie, de la tristesse ou de la joie, de l’amour ou de la haine… j’existe.

Après la phénodescription reçue, le sophrologue reprend le déroulement de la technique avec la personne afin qu’elle puisse la revivre au quotidien et cultiver ainsi cette présence en s’appropriant progressivement la méthode.

Auteur : Anne Almqvist

2018-01-19T10:17:14+00:00 7 mai 2015|