Le mouvement mindfulness : quel intérêt pour les sophrologues ?

Le mouvement « mindfulness » est fondé sur la méditation de pleine conscience

Une forte mouvance voit le jour actuellement dans l’univers du développement personnel, des approches éducatives et préventives et de la psychothérapie : le mouvement « Mindfulness », fondé sur la méditation de pleine conscience (MPC).

En tant que sophrologues, nous utilisons depuis longtemps et plus ou moins généreusement les techniques méditatives, aussi nombre d’entre nous se demandent ce que ces approches peuvent leur apporter.

L’origine de l’entraînement à la pleine conscience revient au Bouddha historique : les principaux textes originels de la tradition sont l’AnapanasatiSutta : Soutra sur la pleine conscience de la respiration (1) et le SatipatthanaSutta : Soutra de l’établissement des quatre attentions (2). En 1979 aux Etats Unis, le docteur Jon Kabat Zinn élabore un protocole de gestion du stress basé sur une méditation s’inspirant du courant Vipassana. Plusieurs études hospitalo-universitaires ont étudié l’efficacité de ce programme, qui s’étend outre la gestion du stress, à diverses affections psychosomatiques ainsi que dans la douleur chronique. Ce protocole sera repris en 1995 par le psychiatre Zindel Segal et ses collaborateurs dans le cadre de la prévention des rechutes dépressives, et appelé programme MBCT (Mindfulness Based Cognitive Thérapy).

Mais qu’entend-on par pleine conscience ?

La pleine conscience est l’état de conscience qui émerge en portant son attention intentionnellement sur l’expérience qui se déploie dans l’instant présent, sans jugement

Il s’agit donc d’un positionnement interne dans lequel on choisit de se placer, soit dans certains moments de notre vie quotidienne (pratiques informelles), soit au cours d’une méditation plus prolongée (pratiques formelles), et qui s’effectue dans une posture d’accueil doux et bienveillant. Les points communs avec le regard phénoménologique sont immédiats.

Les deux interventions basées sur la Pleine conscience ou MBI servant de référence sont :

Le programme MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction). Il s’agit d’un protocole qui se déroule sur un peu plus de deux mois. Après un atelier de présentation, il s’effectue en huit séances de 2 heures 1/2 auxquelles se rajoute une journée de pleine conscience de 7 à 8 heures après la 6è séance. Il a été évalué dans de nombreux domaines, de la gestion du stress à divers types de troubles psychosomatiques, y compris l’insomnie, la douleur chronique et l’anxiété.

Le programme MBCT (Mindfulness Based Cognitive Thérapy). Le protocole est assez proche du programme MBSR sans la journée de pleine conscience, avec toutefois quelques différences : les séances sont un peu plus courtes, les groupes sont plus petits, les postures différentes, il y a moins de travail sur l’aspect corporel et relationnel, et l’apport d’éléments de thérapie positive et cognitive.

Au départ validé dans la prévention des rechutes dépressives (il est surtout efficace à partir du troisième épisode), les instructeurs ont pu remarquer son intérêt dans les troubles obsessionnels et l’anxiété, notamment le trouble anxieux généralisé.

Les pratiques de pleine conscience présentées dans ces programmes peuvent être classifiées en pratiques méditatives formelles et en pratiques informelles.

La recherche en matière de méditation

De nombreuses recherches ont été effectuées sur la pratique de la méditation, les plus célèbres étant celles conduites dans l’université du Wisconsin par le Dr Richard Davidson en collaboration avec l’institut « Mind and life » du Dalaï Lama, grâce à l’étude de plusieurs moines bouddhistes.

Elles ont notamment porté sur :

  • les ondes cérébrales, la méditation faisant vibrer le cerveau dans les bandes de fréquence gamma, plus rapidement que les ondes béta ;
  • le développement de certaines zones cérébrales, notamment le cortex préfrontal gauche ;
  • l’apprentissage aux processus de focalisation et de défocalisation
  • les effets de la pratique de l’autocompassion
  • les bénéfices de l’acquisition d’une posture d’acceptation, versus l’évitement expérientiel qui est une des problématiques les plus ubiquitaire en psychopathologie.

Faut-il pratique le mindfulness en individuel ?

Les cycles mindfulness sont des pratiques de groupe. Par contre, il est possible d’intégrer les différentes pratiques de pleine conscience dans le cadre d’entretiens individuels. Cependant, j’encourage mes patients à venir aux séances de groupe afin de bénéficier de la dynamique et des encouragements mutuels et implicites qu’ils y trouvent.

Les entretiens individuels conviennent mieux, comme en sophrologie, aux personnes souffrant de phobies intéroceptives, de gros troubles obsessionnels, et à tous ceux qui sont difficilement stabilisés par les traitements.

Méditation de pleine conscience et sophrologie

Prenant leurs sources dans des origines relativement proches, la sophrologie et le courant mindfulness ont émergé à la fin du XXe siècle et se sont développés dans deux continents différents. Ils se rejoignent aujourd’hui, ayant conservé certaines caractéristiques et ayant évolué différemment sur d’autres. La plupart des sophrologues que je connais et qui ont acquis les outils de la pleine conscience les utilisent maintenant dans leurs entretiens, en plus de leurs outils sophrologiques, et certains témoignent avoir considérablement amélioré leur pratique.

Auteur : Gilles Pentecôte

2018-02-01T17:44:22+00:00 6 mai 2015|