Relation d’aide des surdoués : pour que leur identité soit

D’aucuns s’imaginent souvent qu’une personne surdouée ou précoce (on dit aussi Haut Potentiel, asynchrone, efficient mental…) jouit d’un avantage intellectuel qui la prédestine aux plus grands achèvements avec un bonheur nécessairement acté. Pourtant, un grand nombre de ces personnes sont en proie à des questionnements existentiels qui complexifient leurs rapports aux autres et à la compréhension d’eux-mêmes. Formé à la relation d’aide, le sophrologue peut offrir à ces êtres des clés pour comprendre leur différence, l’accepter et favoriser l’épanouissement plein et déculpabilisé de leur personnalité.

L’altérité, fondement de nos déterminismes

Fruits d’héritages et de hasards biologiques, familiaux, sociétaux et culturels, nous sommes des êtres en devenir. Nous façonnons chaque jour notre identité à partir du vécu afin d’advenir. L’homme, par essence social, évolue par adaptation et acceptation. Il n’est que par rapport à l’autre, face à l’autre, avec ou contre l’autre. La notion d’altérité est ici comprise en son sens large, comme individu ou groupe d’individus extérieurs à soi.

Le vivier social s’articule autour des désirs et des besoins du plus grand nombre, selon des critères choisis : codes, lois, langage et mode de lecture. Adhérer à cette norme, de ressemblance et de rassemblement, c’est y trouver d’une part le signe d’appartenance au groupe qui permet de s’identifier et d’autre part la sécurité nécessaire à la survie. Aussi, plus nous nous éloignons de ces normes, moins nous nous reconnaissons ; plus nous nous éloignons de ces balises, plus nous devenons vulnérables.

relation d'aide sophrologique

Haut Potentiel : être ou mal être, voilà la question

Quels que soient les fondements sur lesquels ils s’appuient (neurosciences, constatations cliniques ou analyse), tous les professionnels –mais aussi et surtout les personnes concernées- s’accordent à dire que les surdoués présentent globalement des traits et un fonctionnement particuliers bien reconnaissables.

Quels que soient le milieu et le chemin, ces spécificités sont et restent. En revanche, ce sont leur reconnaissance et leur encouragement à être qui vont permettre de développer une identité authentique forte et épanouie ou, à défaut, une identité de contrainte fragile et douloureuse.

On voit ici toute l’importance de s’en inquiéter dès les premiers signes. C’est d’ailleurs dans cette perspective que le Pôle Education de l’ESSA propose des conférences-ateliers (ou l’inverse) pour sensibiliser, informer et aider les différents acteurs de la vie de l’enfant.

Faux-self, de l’autre côté du miroir

Les sophrologues connaissent bien le rôle majeur des neurones-miroirs et du rôle réflecteur que joue l’autre dans la constitution de notre personnalité.

C’est en interagissant librement en miroir avec ses pairs que l’individu peut s’y reconnaître et être reconnu d’eux. Il trouve alors des repères qui font sens, les appuis nécessaires à sa construction et la validation de son acceptation dans la communauté.

À contrario, si le regard de l’autre est réducteur, l’image de soi fait alors diffraction et renvoie un reflet éclaté qui non seulement est mal perçu par l’autre mais ne correspond pas non plus aux perceptions internes du sujet. Il se cherche et, à force de chercher dans les yeux des autres l’approbation à exister, il se perd de vue. À tâtons, il s’appuie en porte à faux sur des murs qui se dérobent et construit une personnalité vrillée et vulnérable.

Derrière le masque, la personnalité s’esquisse

Dans le théâtre grec, les acteurs portaient des masques qui permettaient au public de bien identifier les personnages.

Dans la vie, nous adaptons notre attitude et notre comportement à l’endroit, au moment, au milieu et aux personnes qui l’investissent. Nous prenons naturellement corps dans des costumes à nos mesures.

relation d'aide pour les enfantsReflets de notre personnalité, ces travestissements sont alors en adéquation avec nos rôles familiaux, sociaux, culturels, dans une interaction plutôt libre avec nos pairs.

L’intuition affûtée, l’hyper lucidité et l’analyse instantanée de son intellect imposent au surdoué une vision perçante des autres, de la vie et de ce qui s’y joue. C’est ce regard sans concession de la « comédie humaine » qui lui fait dans le même temps éprouver pour elle une tendresse toute balzacienne.

Mais sa franchise et sa spontanéité maladroites et imprudentes donnent à voir une esquisse paradoxalement contraire de sa personnalité.

Jugé inquisiteur, pessimiste, compliqué, « mal-élevé », le surdoué dé-range. Parce qu’il est « trop », il se sent de trop. Tous sens en alerte au danger du rejet, il met aussitôt son talent à composer d’instinct un camouflage qui lui colle à la peau et dont il ne fait jamais la mue parce qu’il le rend acceptable par les tenants de l’ordre ; ordre qu’il ne peut cependant s’empêcher de remettre perpétuellement en question tant rien pour lui ne va de soi.

Un engrenage se met alors en mouvement et entraîne, à plein régime et sans repos, une machine mentale infernale et aux retombées physiologiques non moindres.

Devinant et sentant de manière intuitive ce que l’autre a envie d’entendre et de voir, il adapte spontanément son discours et son comportement afin de recevoir en retour une réponse qui le réconforte et lui donne le sentiment d’être accepté. Il se dit « si je dis ça, il va me répondre ça. Si je fais ça, il va faire ça ».

Dans cet incessant va-et-vient de questions-réponses tout est affaire de contrôle de soi. L’écoute de ce qu’est, fait ou dit l’autre étant le point d’ancrage d’un performant processus d’actions-réactions que le surdoué maîtrise de main de maître.

Ses grandes facultés d’observation se mettent au service de sa propre mise en conformité. Et il y parvient tant et si bien que personne ne remarque rien. A l’opposé du manipulateur qui veut contrôler l’autre pour satisfaire ses propres désirs, il interroge le désir de l’autre pour y soumettre le sien et se faire accepter.

Cette stratégie de survie permanente s’avère extrêmement coûteuse en termes d’énergie et d’affects. Il paie cet ajustement en dissolution de sa propre identité. Il s’en exonère par un cortège de somatisations qui disent la douleur d’un corps contraint à cacher ses ressentis et à discipliner ses émotions quel qu’en soit le prix.

Se rangeant d’abord par renoncement à la loi du plus grand nombre, son autocritique impitoyable le pousse à mettre en doute ses propres ressentis, ses propres pensées, ses propres émotions, ses propres comportements et à croire sien le désir de l’autre.

relation d'aide femmesL’armure dont il ne se départ plus mais qui l’handicape et gêne les autres peut lui valoir alors d’être qualifié d’associable, de fragile et, dans le pire des cas -trop fréquent encore- d’être étiqueté à tort de telle ou telle pathologie physique ou psychique.

Il se fait alors souvent l’écho du récit des autres, répétant à qui veut l’entendre combien cette pathologie supposée expliquerait et excuserait la difficulté des autres à le percevoir et à le supporter. Il fait alors sienne cette forme d’anomalie, « anormalité » qui entérinerait le fonctionnement prétendument « normal » des autres.

La difficulté à s’intégrer dans les groupes, dans les communautés sociales, l’école, le monde du travail etc… se transforme alors en parcours du combattant. Et notre société de masse ne fait qu’amplifier le problème.

Sous cette identité fausse et restreinte, étouffe une personnalité profondément humaniste, gaie et sociable empêtrée dans ses ailes d’albatros qui l’empêchent de voler.

Pour éviter ces situations éprouvantes et exténuantes, le surdoué commence par se mettre en retrait ; d’abord pour reprendre son souffle, puis pour se protéger d’un monde qu’il vit comme hostile. Taisant ses inépuisables questions qui agacent, ses remarques trop directes et retenant tant que faire se peut la spontanéité d’un humour qui ne se pose jamais, il s’enfonce dans le silence et la solitude. Un sentiment d’abandon l’envahit, des crises d’angoisse que les autres ne comprennent pas le submergent.

Il traverse, plus qu’il ne vit, une existence dépourvue de sens. Il se sent mal, est mal, va mal.

Relation d’aide sophrologique : aller à la rencontre de soi

Contrairement à ce qui se joue habituellement dans la vie du surdoué, c’est au sophrologue qu’il incombe de s’adapter. Cette rencontre privilégiée va lui ouvrir le chemin de l’introspection autant que celui de l’expérience personnelle, et lui permettre d’accéder à la réalité de son monde intérieur.

Formé à la relation d’aide le sophrologue va, par son empathie, son authenticité et sa bienveillance chaleureuse, créer une confiance et une alliance propices à guider la personne pour l’amener à créer ou à recréer en elle-même et par elle-même les liens constituants de sa personnalité propre :

  • lien soulagé et bienfaisant avec leur corps auquel elles ne sont –trop souvent- que reliés par la souffrance,
  • lien de circulation entre le corps et le mental,
  • lien entre les différentes composantes de l’être,
  • liens entre le monde intérieur et extérieur,
  • liens sociétaux revisités ou nouveaux.

relation d'aide en sophrologieEn se dégageant petit à petit de l’écheveau conformiste où elle s’est empêtrée, qui l’étouffe, la ligote et l’oblige, la personne trouve en sa respiration sa meilleure alliée pour trouver un souffle nouveau et aller à sa propre rencontre.

Par des techniques corporelles et mentales, spécifiques et personnalisées, mises en mouvement par des phases de relâchement et d’activation successives, la personne chemine à son rythme vers la découverte de son être physique et psychique.

Les réflexes qui conduisent le surdoué à s’isoler, imposés par la crainte ou la peur, espacent petit à petit leurs injonctions délétères et le sentiment vertigineux de vide pour laisser place à des moments d’une solitude choisie pour sa plénitude et ses valeurs régénératrices et créatrices.

Un rêveur pleinement conscient

L’air fixe quand il réfléchit, songeur quand il pense, absent quand il songe, concentré quand il rêve, l’air de ne pas avoir l’air, et même l’air de rien tant il parvient à étouffer ses inspirations et ses aspirations, le surdoué donne à voir de lui des images brouillées, éclatées, et dispersées qui font croire qu’il est ailleurs, à hier ou demain.

Ce qui n’est pas faux tant il navigue à l’aise et à une vitesse intersidérale dans un espace-temps rebondissant et dont l’expansion repousse toujours la limite. Et pourtant…

Il serait tentant d’estimer absurde la considération de ce rêveur invétéré comme pleinement conscient. Mais l’absurdité ne consisterait-t-elle pas à chercher à identifier son monde à partir de nos perceptions plutôt que de permettre à sa propre réalité d’exister pleinement ?

Ce qui l’absorbe tant n’est jamais « que » ce qui se donne à voir dans son mental et à vivre dans son corps et fait tant mouvement en lui. Son foisonnement intérieur et la dynamique de ses émotions créent pléthore de phénomènes qu’il ressent et dont il a parfaitement conscience… le temps éclair de les saisir et de les rejeter en vrac et violemment dans l’ombre, de les soumettre au silence, de les contenir, de les contraindre à la destruction et, par retour, de faire de soi son pire ennemi jusqu’à l’autodestruction.

La question porte alors moins sur l’élargissement d’une conscience qui a déjà pour particularité d’être hyper dimensionnée, hyper lucide, hyper réceptive, hyper active et réactive, que sur l’instant où le reniement de celle-ci opère. Il s’agit davantage d’observer non seulement l’automatisme mortifère qui enclenche dans la conscience un rejet de soi en prévention du rejet de l’autre mais aussi l’absurdité déstabilisatrice que cela induit chez un sujet particulièrement avide de sens.

la sophrologie libère

Pourra alors se libérer la clenche du cloisonnement et s’inverser le mécanisme de négation de soi, le dis-paraître, pour redonner substance et mouvement au re-paraître. Le corps, devenu fantomatique, s’autorise à incarner pleinement les pensées, les ressentis, les sentiments et les émotions que ses particularités exacerbent et que la vie lui offrent à profusion. L’intention tend à se donner autorisation à être pour renaître, se reconnaître et conquérir l’affirmation de soi.

Cette invitation à laisser émerger l’originalité de son identité plutôt que de la forcer à entrer dans un moule passe par l’accueil de sa réalité et son acceptation. Contraire de la résignation qui induit immobilisme et dissolution, l’acceptation est une démarche intentionnelle qui suppose de prendre objectivement acte de son vécu et de ses points dits « forts ou faibles » avec bienveillance.

Cela demande de renoncer à l’illusion de confort qui consiste à se cantonner dans les rails tracés par l’autre, à la prévalence accordée aux jugements des autres et à l’autocritique et auto-condamnation impitoyables où les surdoués atteignent, avec un art consommé, des sommets toujours par eux-seuls dépassés.

Il s’agit de s’incarner à la fois hôte et invité et de considérer l’un et l’autre avec le même respect et la même valeur que le surdoué montre et donne spontanément aux autres. Plutôt que d’emprisonner sa personnalité et d’en être le propre bourreau, le surdoué se prend au jeu de la méthode et utilise spontanément son humour et son sens de l’autodérision comme vecteur de l’acceptation.

Cet en-je sophrologique, dépourvu de mise, de risque, de gain ou de perte, entre en profonde résonance avec l’intérêt désintéressé du surdoué, sa curiosité, son besoin d’exploration, son plaisir de la découverte et son sentiment d’émerveillement exacerbé qui sont alors moteurs dans une démarche sophrologique révélatrice de soi.

En accompagnant le mouvement de l’émotion par celui de la respiration, il évacue ce qui est inadapté et destructeur à lui-même, libère ses potentiels et inscrit en lui ce qui le construit. L’énergie contenue devenue toxique et culpabilisante se transforme en énergie vitalisante et structurante, et motrice de créativité et de réalisations.

La défiance laisse alors place à la confiance, en lui, en la vie, en les autres.

Le septième sens des personnes surdouées

L’intuition serait le sixième sens des surdoués.

C’est oublier le septième qui, s’il semble faire bon et beau conte, révèle surtout la nature de ce qui lui est essentiel. Il s’agit justement du sens, de cette vision de soi et de son avenir qui lui apporte une raison d’être à un pourquoi existentiel exigeant. Se mettre en chemin avec une trajectoire et des désirs pour objectif ne lui suffit pas. Pour donner cohérence à son être et direction à ses aspirations il a besoin de voir, au-delà de lui, l’autre. Sa réalisation de soi passe non seulement par la reconquête de ses capacités mais aussi et surtout par les voix et voies de ses valeurs humanistes. C’est par leur exploration et leur action positive qu’il entreprend en conscience un chemin de vie responsable, empreint de dignité et authentique dans son originalité.

Le jeu des sept valeurs

Si les valeurs occupent une place centrale dans la construction de la personnalité du surdoué, elles n’en sont pas moins les repères essentiels de chacun d’entre nous et de la société que nous constituons. Leur rôle est prépondérant et déterminant pour se bien vivre et bien vivre ensemble. Surdoué ou non, voici un petit jeu plaisant et bienfaisant.

exercice sophrologieInstallez-vous confortablement dans un endroit où vous vous plaisez particulièrement et où vous pouvez vous accorder quelques instants de solitude sans être dérangé. Choisissez dans les mots ci-après celui évoquant une qualité.

Indépendance
Douceur
Gratitude
Perfection
Sécurité
Audace

Fermez les yeux, visualisez le mot écrit. Vous pouvez y mettre de la couleur, une écriture choisie, un cadre, un parfum… tout ce que votre imagination met à votre disposition.

Soufflez sans forcer mais longuement en étant bien conscient de l’air tiède et chargé que vous expirez et qui va se dissoudre dans l’espace.

Inspirez doucement et longuement le mot inscrit derrière vos paupières, comme pour remplir tout votre système respiratoire de sa réalité graphique et de sa signification.

Retenez un instant l’air enrichi de ce mot comme lorsque vous retenez une gourmandise en bouche pour en savourer les parfums.

Concentrez-vous dans une tension légère et agréable.

Soufflez doucement. Accompagnez votre souffle de votre intention de diffuser ce mot dans tout votre corps et votre mental.

Les yeux toujours fermés, et sans chercher quoi que ce soit, prenez quelques instants pour accueillir avec curiosité tout ce qui se présente à vous. Quelle sensation ? Quelle émotion ? Quel sentiment ? Quelle résonnance ?

A vous de personnaliser la liste !

Vous pouvez aussi en faire un jeu de société à pratiquer en famille ou avec vos amis, entre typiques et atypiques pour se surprendre davantage encore !

Vous pouvez aussi remplacer les valeurs par tout autre déterminant (couleur, parfum, lieu, objet…). Vous serez étonnés et amusés de voir à quel point un mot peut recouvrir d’interprétations et d’expériences différentes !

Formés à la relation d’aide, les sophrologues peuvent guider les personnes surdouées vers l’équilibre intérieur

S’il est aussi incohérent de réduire l’identité du surdoué à sa seule surdouance, il est essentiel de considérer celle-ci comme constitutive de sa personnalité et par là d’une identité qui ne peut se construire et se vivre qu’en interrogeant le monde, en s’interrogeant et en créant avec lui et pour lui.

La sophrologie, dans ses fondements, sa méthode, sa philosophie et l’ouverture au monde qu’elle incarne offre au surdoué un espace de liberté où vivre pleinement ses multiples souffles. Elle lui présente le miroir où se reconnaître et se réfléchir.

Pour son plus grand bonheur.

Auteur : Patricia Stehly (Vice-Présidente du Pôle Education du RPNS)

2018-12-20T10:33:50+00:0020 décembre 2018|